11/28/2005

De la droite et sa vision de l'éducation...

"Sa proposition [celle de Villepin] d’autoriser l’apprentissage à 14 ans, faite devant l’Assemblée nationale le 8 novembre,est arrivée alors que les services du ministre de l’éducation nationale n’avaient encore rien prévu sur le sujet.Depuis, les discussions entre ministres et conseillers vont bon train. Il s’agit d’imaginer un dispositif dérogeant à la législation actuelle du travail, puisqu’il abaisse l’âge de l’apprenti, et permettant un encadrement renforcé. Il faut, aussi, trouver des accords avec des entreprises parfois réticentes devant la jeunesse et l’inexpérience de ces apprentis « juniors ». Afin de ne pas braquer les syndicats, Matignon refuse de parler de loi sur l’éducation,mais évoque une « loi sur l’égalité des chances »." Le Monde, aujourd'hui.
Il y a plusieurs choses qui peuvent choquer les socialistes que nous sommes dans ce projet:
- L'apprentissage à 14 ans ne vise qu'à la précarisation des jeunes, et non à leur formation. Le plus inquiétant est que le Premier Ministre ne sait même pas de quoi il parle: ses conseillers réfléchissent seulement à un éventuel projet! Preuve, s'il en est, que le Premier Ministre n'a pas entendu l'imprécation des banlieues, et continue dans sa stratégie présidentielle. Face à l'excité Sarkozy, qui répond par les flash-balls, Villepin veut nous faire croire qu'il a un projet, "pondu" dans l'urgence, qui fait frémir. A quand un CNE spécial ado? Il est nettement plus intéressant d'avoir effectivement un grand projet pour l'apprentissage, mais qui ne se traduise pas par un abaissement de l'âge!
- De Villepin, et d'autres, parlent d'un "socle minimum de connaissances". Ainsi, la vocation de l'Education Nationale ne serait plus d'éduquer nos enfants, mais de les instruire. Nous revenons à la IIIème et son ministère de l'Instruction Publique, en somme. Le but est de leur donner un "passeport" minimum, pour qu'ils aient au moins le bac, et ensuite on les lâche dans la nature. Selon ERASME (et les autres camarades du MJS partagent certainement cette analyse), il ne doit pas y avoir de normalisation des élèves. Ce n'est plus de la massification. Il faut faire en sorte qu'un maximum d'élèves arrive au plus haut dans les études, et non que l'ensemble des élèves ait un socle commun.
- Enfin, la notion même d'égalité des chances peut choquer les socialistes que nous sommes. Nous devons défendre le concept d'égalité des possibles. Selon Eric Maurin, économiste, la différence est de taille: "Par égalité des chances, on entend généralement l’égalité de traitement des individus par les institutions d’évaluation et de sélection sociale que sont l’école ou l’entreprise par exemple. Dans un objectif de justice sociale, cette notion est insuffisante dans la mesure où elle oublie que les individus arrivent fondamentalement inégaux devant ces institutions. Chacun d’entre nous est le produit d’une histoire personnelle plus ou moins heureuse, dont il n’est pas responsable et il est profondément injuste de le nier. Pour progresser vers davantage de justice sociale, le plus difficile est de définir les causes des inégalités dans la constitution même de chaque personne. C’est un processus de long terme qui commence dans la petite enfance et se poursuit au long de l’histoire familiale notamment. On ne règlera pas le problème de l’injustice sociale simplement en rendant les mécanismes de sélection moins inégalitaires. Il faut avant tout donner les moyens aux enfants et aux individus de se construire. D’où l’égalité des possibles."